André Gorz et l’IA : quand un philosophe des années 2000 éclaire notre présent numérique
Le livre « L’Immatériel » d’André Gorz, réédité aujourd’hui, anticipait avec une précision troublante comment le capitalisme allait façonner l’IA. Une lecture qui résonne étrangement avec les défis actuels de l’Europe.
Existigo.com
Contributeur Existigo.com
Et si les clés pour comprendre les enjeux de l’IA aujourd’hui se trouvaient dans un livre écrit il y a plus de vingt ans ? C’est la surprenante actualité de L’Immatériel, ouvrage du philosophe André Gorz enfin réédité en version augmentée. Dans un entretien passionnant accordé à Le Monde, l’économiste Christophe Fourel et le mathématicien Cédric Villani soulignent comment Gorz avait pressenti la manière dont le capitalisme allait s’emparer des technologies numériques — et notamment de l’IA — pour en faire des outils de contrôle et d’exploitation plutôt que d’émancipation.
Ce qui frappe, c’est la lucidité de Gorz sur les risques de concentration du pouvoir entre les mains de quelques plateformes dominantes, capables de capter nos données, nos attentions, et même nos désirs. Une analyse qui résonne fortement avec les débats actuels sur la souveraineté numérique européenne et la nécessité de développer des alternatives éthiques et décentralisées. Villani, interrogé sur ce sujet, souligne d’ailleurs que « l’Europe a une carte à jouer pour proposer un modèle d’IA qui ne soit pas soumis aux logiques purement marchandes » — une opportunité que Gorz lui-même appelait de ses vœux.
Pourquoi ce livre est-il une lecture indispensable aujourd’hui ? Parce qu’il nous rappelle que les choix technologiques ne sont jamais neutres. Choisir une IA européenne, respectueuse des droits humains et de la vie privée, ce n’est pas seulement une question technique : c’est un acte politique, un vote pour le monde numérique que nous voulons habiter. Et si Gorz avait raison ? Et si la solution pour une IA qui nous ressemble passait par une réappropriation collective de ces outils ?
Une invitation à relire L’Immatériel, mais aussi à découvrir ou redécouvrir les initiatives européennes qui, comme Colistor, montrent qu’une autre voie est possible : des outils puissants, respectueux, et conçus pour servir les humains — pas l’inverse.
Source originale
Le Monde