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Le format de fichier, ce verrou invisible qui maintient l'Europe sous dépendance numérique

Derrière les DOCX et XLSX qui circulent dans nos administrations se cache un standard conçu pour verrouiller nos données. Et si la vraie souveraineté commençait par là ?

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· Les Numériques

On parle souvent de logiciels libres, de cloud souverain ou d'IA européenne, mais un détail technique passe trop souvent inaperçu : le format de fichier. Comme le révèle une enquête approfondie de Les Numériques, les extensions DOCX, XLSX et PPTX, omniprésentes dans nos vies professionnelles et administratives, ne sont pas de simples conteneurs neutres. Elles incarnent le standard OOXML, conçu par Microsoft pour verrouiller nos données dans un écosystème propriétaire — et ce, même lorsque nous utilisons des alternatives libres comme LibreOffice.

Le problème ? Ces formats ne sont pas de simples « enveloppes » pour nos documents. Ils intègrent des fonctionnalités spécifiques, des macros, des styles et des métadonnées qui ne sont pleinement exploitables que dans les logiciels de Microsoft. Résultat : un fichier créé dans Word s'affichera parfois mal dans LibreOffice, une formule Excel complexe ne fonctionnera pas dans OnlyOffice, et une présentation PowerPoint perdra ses animations si elle est ouverte ailleurs. Ces incompatibilités, souvent subtiles, créent une dépendance insidieuse : même si une administration migre vers des logiciels libres, elle reste prisonnière des formats de Microsoft, car c'est le seul moyen de garantir que les documents seront lisibles et exploitables par tous.

Cette situation pose un défi majeur pour la souveraineté numérique européenne. Comment prétendre à l'autonomie si nos archives publiques, nos contrats et nos données stratégiques sont enfermés dans des formats conçus pour un seul acteur ? La solution existe pourtant : les standards ouverts comme l'ODF (Open Document Format), soutenu par l'Union européenne et utilisé par des suites comme LibreOffice ou OnlyOffice. Ces formats, libres et documentés, garantissent que nos données resteront accessibles et exploitables, quel que soit le logiciel utilisé — aujourd'hui comme dans 50 ans.

La bonne nouvelle, c'est que le changement est possible, et même en marche. Des pays comme l'Allemagne, la France ou l'Italie ont déjà adopté des lois encourageant l'usage des standards ouverts dans l'administration. En France, la DINUM (Direction interministérielle du numérique) recommande depuis 2020 l'utilisation de l'ODF pour les documents bureautiques. Mais pour que cette transition soit effective, il faut aller plus loin : former les agents publics, sensibiliser les entreprises, et surtout, faire de l'interopérabilité une priorité absolue.

Si vous utilisez encore des fichiers DOCX ou XLSX au quotidien, essayez de les convertir en ODF avec LibreOffice — vous verrez que la transition est plus simple qu'il n'y paraît. Et si vous travaillez dans une organisation publique ou privée, proposez une migration progressive vers les standards ouverts. Chaque fichier converti est un pas de plus vers une Europe numérique souveraine, où nos données nous appartiennent vraiment. Et ça, c'est une révolution douce, mais profondément libératrice.

Source originale

Les Numériques