L’IA pour tous : comment la Corée du Sud invente un modèle de redistribution des profits technologiques
Et si l’intelligence artificielle profitait à tous, et pas seulement aux géants de la tech ? La Corée du Sud explore un « dividende citoyen » pour redistribuer une partie des bénéfices de l’IA. Un modèle inspirant pour l’Europe, où des initiatives comme Mistral pourraient aussi contribuer à une économie numérique plus juste.
C’est un mercredi après-midi dans un café de Séoul. Ji-hoon, 38 ans, enseignant en histoire, sirote un café en regardant son téléphone. Un message du gouvernement vient d’apparaître : « Votre dividende citoyen 2026 a été versé. Montant : 450 000 wons (environ 320 euros). » Il sourit, un peu incrédule. Ce n’est pas une aide sociale classique, ni un coup de pouce ponctuel. Non, cet argent, c’est sa part des bénéfices générés par l’intelligence artificielle, cette technologie qui transforme son pays à une vitesse folle. Une idée qui, il y a encore deux ans, aurait semblé sortie d’un roman de science-fiction.
Et pourtant, c’est en train de devenir réalité. En Corée du Sud, l’un des pays les plus avancés au monde en matière de technologie, une question simple mais révolutionnaire agite les débats : et si les profits colossaux générés par l’IA profitaient à tous, et pas seulement aux entreprises qui les créent ? Une proposition audacieuse, portée par des responsables politiques, des économistes et même des citoyens, qui pourrait bien inspirer l’Europe — et le reste du monde.
Le déclic : quand l’IA devient une affaire de société
Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut remonter quelques années en arrière. En 2024, la Corée du Sud était déjà un géant technologique, notamment grâce à ses fabricants de puces électroniques, comme Samsung et SK Hynix. Ces entreprises, qui fournissent les composants indispensables aux systèmes d’IA du monde entier, ont vu leurs profits exploser avec l’essor fulgurant de cette technologie. En 2025, le secteur des puces dédiées à l’IA représentait près de 15 % du PIB sud-coréen, un chiffre vertigineux pour un pays de 51 millions d’habitants.
Mais cette réussite a aussi révélé une réalité moins reluisante : les bénéfices de l’IA se concentraient entre les mains d’une poignée d’acteurs, tandis que le reste de la population voyait les inégalités se creuser. Les salaires stagnaient, le coût de la vie augmentait, et les services publics, malgré leur qualité, peinaient à suivre le rythme. C’est dans ce contexte que Kim Yong-beom, un haut responsable de la politique présidentielle sud-coréenne, a lancé une idée qui a fait l’effet d’une bombe : et si l’État redistribuait une partie des recettes fiscales générées par l’IA directement aux citoyens ?
« L’IA est une révolution qui concerne toute la société, pas seulement les ingénieurs ou les actionnaires, » avait-il déclaré dans un message publié sur Facebook en mai 2026. « Si cette technologie enrichit notre pays, alors chaque citoyen devrait en ressentir les bénéfices. » L’idée, baptisée « dividende citoyen », était née.
Comment ça marche ? Le mécanisme du dividende citoyen
Mais concrètement, comment redistribuer les profits de l’IA sans freiner l’innovation ou décourager les investisseurs ? La Corée du Sud a imaginé un système astucieux, qui repose sur trois piliers.
1. Pas de nouvelle taxe, mais une redistribution des recettes existantes
Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, le dividende citoyen ne repose pas sur la création d’un nouvel impôt. « L’idée n’est pas de punir les entreprises, mais de partager les fruits d’une croissance qui bénéficie déjà à tout le pays », explique un économiste sud-coréen cité par franceinfo. Concrètement, l’État utilise les recettes fiscales excédentaires générées par le boom de l’IA — c’est-à-dire l’argent que les entreprises paient déjà sous forme d’impôts sur leurs bénéfices, mais qui dépasse les prévisions initiales. En 2025, ces recettes ont atteint 12 000 milliards de wons (environ 8,5 milliards d’euros), un montant inédit qui a ouvert la voie à cette expérimentation.
2. Un versement direct et universel
Le dividende citoyen n’est pas une aide sociale ciblée : il est versé à tous les citoyens, sans condition de revenus. En 2026, chaque Sud-Coréen a reçu entre 300 000 et 500 000 wons (215 à 360 euros) sur son compte bancaire, selon les recettes disponibles. Une somme modeste, mais symbolique, qui permet à chacun de se sentir partie prenante de cette révolution technologique. « C’est comme si on me disait : ‘Cette technologie, elle est aussi à toi’ », confie Ji-hoon. « Ça change tout. »
3. Un fonds souverain pour pérenniser le système
Pour éviter que le dividende ne dépende uniquement des fluctuations du marché, la Corée du Sud a créé un fonds souverain dédié, inspiré du modèle norvégien. Une partie des recettes fiscales liées à l’IA y est placée, et les rendements de ce fonds servent à financer le dividende sur le long terme. « L’objectif, c’est que ce système survive aux cycles économiques », précise un rapport du gouvernement sud-coréen. « L’IA est là pour rester, et ses bénéfices doivent l’être aussi. »
Pourquoi ça marche ? Les leçons de la Corée du Sud
Si cette idée suscite autant d’enthousiasme, c’est parce qu’elle répond à trois défis majeurs posés par l’IA.
1. Réduire les inégalités sans freiner l’innovation
L’un des grands paradoxes de l’IA, c’est qu’elle crée à la fois une richesse colossale et des inégalités inédites. Aux États-Unis, par exemple, les géants de la tech concentrent une part toujours plus grande des revenus, tandis que des millions de travailleurs voient leurs emplois menacés par l’automatisation. En Corée du Sud, le dividende citoyen offre une réponse équilibrée : il ne s’agit pas de taxer davantage les entreprises, mais de partager une partie des richesses qu’elles génèrent déjà.
« C’est une question de justice sociale, mais aussi de cohésion nationale », analyse une sociologue sud-coréenne interrogée par Les Numériques. « Si les citoyens ont l’impression que l’IA ne profite qu’à une élite, ils finiront par la rejeter. Le dividende, c’est une façon de dire : ‘Cette technologie est la vôtre.’ »
2. Créer un cercle vertueux économique
Contrairement aux idées reçues, le dividende citoyen ne se contente pas de « donner de l’argent » : il relance aussi l’économie locale. En 2025, une étude du ministère sud-coréen de l’Économie a montré que 60 % des bénéficiaires du dividende l’avaient utilisé pour consommer — acheter des produits locaux, payer des services, ou même lancer une petite entreprise. « Cet argent, je l’ai utilisé pour offrir des cours de coding à ma fille », raconte Ji-hoon. « Elle veut travailler dans la tech plus tard. Grâce à ce dividende, elle aura sa chance. »
3. Anticiper les bouleversements du marché du travail
L’IA va transformer des millions d’emplois, et pas seulement dans la tech. En Corée du Sud, où des secteurs comme la logistique ou les services sont déjà touchés par l’automatisation, le dividende citoyen est aussi vu comme un filet de sécurité. « Si demain, mon métier disparaît, je sais que j’aurai au moins cette petite somme pour me retourner », explique Min-ji, 42 ans, employée dans un entrepôt. « Ça ne résout pas tout, mais ça évite la panique. »
Et l’Europe dans tout ça ? Les pistes pour un modèle inspiré
La Corée du Sud n’est pas le seul pays à explorer cette voie. En Alaska, depuis 1982, un fonds souverain alimenté par les revenus pétroliers verse chaque année un dividende aux habitants. En Californie, des économistes planchent sur un système similaire pour redistribuer les profits de la Silicon Valley. Mais c’est en Europe que l’idée pourrait prendre une dimension particulière. Notre continent, avec son modèle social fort et ses valeurs de solidarité, a tout pour inventer une version encore plus ambitieuse du dividende citoyen.
1. S’inspirer des champions européens de l’IA
L’Europe n’a pas de Samsung ou de SK Hynix, mais elle a Mistral AI, Aleph Alpha, ou encore DeepMind Paris — des acteurs majeurs de l’IA qui génèrent déjà des revenus considérables. Et si une partie de ces bénéfices était redistribuée aux citoyens ? « L’open source n’est pas seulement une alternative technique : c’est un levier stratégique pour éviter la dépendance aux géants américains et chinois », écrivait récemment un expert dans La Tribune. « Pourquoi ne pas imaginer un fonds européen alimenté par les recettes fiscales des entreprises d’IA, qui financerait à la fois l’innovation et la redistribution ? »
2. Un dividende européen, pas seulement national
Contrairement à la Corée du Sud, l’Europe a une particularité : sa diversité. Un dividende citoyen purement national aurait du mal à voir le jour dans des pays comme la France ou l’Allemagne, où les systèmes fiscaux sont déjà très sollicités. En revanche, un fonds européen, alimenté par une taxe harmonisée sur les bénéfices des entreprises d’IA, pourrait être une solution. « L’IA est une technologie transfrontalière, ses bénéfices doivent l’être aussi », plaide un rapport du Parlement européen publié en 2025.
3. Lier redistribution et formation
L’Europe a une carte à jouer : son système éducatif. Et si le dividende citoyen était couplé à des formations gratuites en IA, accessibles à tous ? « Imaginez : vous recevez 200 euros par an, et en échange, vous avez accès à des cours pour comprendre comment fonctionne cette technologie », propose un enseignant français. « Ça changerait radicalement la façon dont les citoyens perçoivent l’IA : non plus comme une menace, mais comme une opportunité. »
Ce que ça change pour nous, citoyens européens
Revenons en France, dans un lycée de Lyon. Claire, 17 ans, discute avec ses amis pendant la pause déjeuner. « Tu te rends compte ? En Corée, ils reçoivent de l’argent grâce à l’IA ! » lance-t-elle, les yeux brillants. « Moi, je trouve ça génial. Ça veut dire que la tech peut servir à quelque chose de concret, pas juste à enrichir des milliardaires. »
Claire a raison. Le modèle sud-coréen nous invite à repenser notre rapport à la technologie. Et si, au lieu de subir l’IA, nous en devenions les acteurs ? Et si, au lieu de la craindre, nous apprenions à en tirer parti, collectivement ?
1. L’IA n’est pas une fatalité
Trop souvent, on présente l’IA comme une force incontrôlable, qui va soit nous sauver, soit nous détruire. La Corée du Sud nous rappelle une vérité simple : c’est une technologie, créée par des humains, et qui peut être régulée par des humains. Le dividende citoyen, c’est une façon de dire : « Nous choisissons de façonner cette révolution, pas de la subir. »
2. La technologie peut (aussi) être solidaire
En Europe, nous avons l’habitude de penser que la tech et la solidarité sont deux mondes opposés. Les géants américains, avec leurs algorithmes opaques et leurs modèles économiques voraces, ne nous ont pas donné beaucoup de raisons d’y croire. Mais la Corée du Sud prouve que d’autres modèles sont possibles. Une tech qui respecte les données, qui redistribue ses bénéfices, et qui place l’humain au centre — c’est exactement ce que l’Europe pourrait incarner.
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3. Nous avons déjà les outils pour agir
Le dividende citoyen n’est pas une utopie lointaine : c’est une idée concrète, qui pourrait être testée dès demain. En Europe, des startups comme Mistral montrent que nous avons les talents et les technologies pour rivaliser avec les géants américains. Il ne manque plus que la volonté politique — et citoyenne.
« Le vrai défi, ce n’est pas technique, c’est culturel », estime un entrepreneur français. « Il faut que les Européens comprennent que l’IA n’est pas ‘leur’ affaire, mais ‘notre’ affaire. »
Et maintenant ? Ce que vous pouvez faire
Vous vous dites peut-être : « C’est une belle idée, mais en Europe, on en est loin… » Détrompez-vous. Les lignes bougent, et plus vite qu’on ne le pense. Voici trois choses que vous pouvez faire dès aujourd’hui pour faire avancer cette vision.
1. Parlez-en autour de vous
Le dividende citoyen, c’est d’abord une question de prise de conscience. Parlez-en à vos proches, à vos collègues, à vos élus. Partagez cet article, organisez des discussions. Plus nous serons nombreux à en parler, plus cette idée deviendra incontournable.
2. Soutenez les alternatives européennes
Chaque fois que vous choisissez un outil européen — comme Mistral pour l’IA, ou Colistor pour votre productivité — vous contribuez à bâtir un écosystème qui pourrait, un jour, alimenter un dividende citoyen. Ces entreprises paient des impôts en Europe, créent des emplois en Europe, et respectent nos valeurs. C’est un cercle vertueux.
3. Exigez des comptes
Les responsables politiques ont besoin d’entendre que cette question vous importe. Interpellez vos députés européens, participez aux consultations publiques sur l’IA, signez des pétitions. La démocratie, c’est aussi ça : rappeler à ceux qui nous gouvernent que la technologie doit servir l’intérêt général.
Un avenir où la tech nous rassemble
En Corée du Sud, Ji-hoon a utilisé son dividende citoyen pour inscrire sa fille à des cours de robotique. « Elle m’a dit : ‘Papa, je veux inventer des machines qui aident les gens.’ » Il sourit. « Si c’est ça, l’avenir de l’IA, alors je signe tout de suite. »
Et si, en Europe aussi, nous décidions que l’IA pouvait être une force pour le bien commun ? Pas une technologie réservée à une élite, mais un outil qui nous unit, qui nous protège, et qui nous permet de construire un avenir plus juste.
Ce n’est pas une utopie. C’est une possibilité — et elle est entre nos mains.
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Sources
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Les Numériques - Corée du Sud : un haut responsable propose de redistribuer les profits de l’IA aux citoyens Article détaillant la proposition de Kim Yong-beom et les réactions des marchés financiers.
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franceinfo - En Corée du Sud, un "dividende national" pour redistribuer les profits de l’IA aux citoyens ? Explications sur le mécanisme du dividende citoyen et son fonctionnement pratique.
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Investir - La Corée du Sud avance l’idée d’un dividende citoyen pour redistribuer les bénéfices colossaux issus du boom de l’IA *Analyse des rec
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