"Comment l’Europe se prépare à la cyberguerre : le récit exclusif d’un exercice de défense numérique"
"Plongez dans les coulisses de Locked Shields, le plus grand exercice de cyberguerre au monde. Découvrez comment l’Europe s’entraîne à protéger ses infrastructures critiques et ce que cela change pour votre commune ou votre entreprise."
Imaginez un instant. Il est 6h30 du matin, vous venez d’allumer votre radio. Au lieu des infos matinales, c’est un message d’urgence : « Les réseaux électriques de plusieurs régions européennes sont hors service. Les hôpitaux fonctionnent sur groupes électrogènes. Les communications mobiles sont perturbées. » Ce scénario catastrophe, ce n’est pas de la science-fiction. C’est exactement ce à quoi se préparent, chaque année, des milliers d’experts européens lors de l’exercice Locked Shields, le plus grand simulateur de cyberguerre au monde.
En avril 2026, pendant deux semaines, 4 000 experts issus de 41 pays se sont affrontés dans une simulation grandeur nature pour protéger des infrastructures critiques contre des cyberattaques massives. Réseaux électriques, satellites, hôpitaux, systèmes de vote électronique… Rien n’était laissé au hasard. Et cette année, la France, aux côtés de la Suède, a terminé sur le podium, confirmant son rôle de leader en matière de cyberdéfense en Europe.
Mais au-delà des classements, cet exercice pose une question essentielle : et si, demain, c’était votre commune ou votre entreprise qui était visée ? Dans cet article, je vous emmène dans les coulisses de Locked Shields. Vous allez découvrir comment l’Europe se prépare à la cyberguerre, quelles menaces pèsent sur nos vies numériques, et surtout, ce que ces exercices changent concrètement pour vous.
Locked Shields : quand la cyberguerre devient un jeu… très sérieux
Un pays virtuel à protéger, des attaques en temps réel
Locked Shields, c’est un peu comme un jeu vidéo géant, mais avec des enjeux bien réels. Les participants, répartis en équipes (les Blue Teams), doivent défendre un pays fictif contre des cyberattaques orchestrées par une Red Team – des experts qui jouent le rôle des attaquants. Leur mission ? Protéger plus de 5 000 systèmes virtuels : centrales électriques, réseaux de télécommunications, systèmes de défense aérienne, ou encore des dispositifs de vote électronique.
« C’est la première fois que je participe à un exercice international. Ça change vraiment de mon quotidien où je suis moins dans l’opérationnel », confie Lucie, cheffe du Laboratoire exploration et recherche en détection à l’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information). « Ici, on est plongés dans une crise majeure, avec des attaques qui arrivent de tous les côtés. On n’a pas le temps de réfléchir : il faut agir, et vite. »
Cette année, les scénarios étaient plus réalistes que jamais. Parmi les défis lancés aux équipes :
- Pirater un réseau électrique pour plonger une région dans le noir.
- Désactiver des systèmes de défense aérienne pour simuler une menace militaire.
- Manipuler des données de vote électronique pour semer la confusion lors d’une élection fictive.
- Perturber les communications d’urgence des hôpitaux en pleine crise sanitaire simulée.
« Les attaques sont conçues pour être imprévisibles, comme dans la vraie vie », explique Dan Cristian Ungureanu, directeur de l’exercice. « L’objectif, c’est de tester la résilience des équipes face à l’inconnu. »
La France et la Suède : une alliance qui paie
Pour la deuxième année consécutive, la France a participé à Locked Shields aux côtés de la Suède. Une collaboration qui porte ses fruits : après une deuxième place en 2025, l’équipe franco-suédoise a décroché la troisième place en 2026, devant des nations comme les États-Unis, l’Allemagne ou le Royaume-Uni.
« Avoir les Suédois sur place permet un lien plus fort. C’est tellement plus facile de les avoir en face de soi pour échanger et progresser ensemble », raconte Pierre, un participant civil de la Direction générale de l’armement (DGA). « On a appris à mieux se connaître, à anticiper les réactions de l’autre. En cas de vraie crise, cette confiance mutuelle fera toute la différence. »
Cette coopération est loin d’être anodine. Elle reflète une volonté européenne de mutualiser les forces face à des menaces qui ne connaissent pas de frontières. « La cyberguerre, c’est comme une épidémie : ça ne s’arrête pas aux frontières », souligne le général Emmanuel Naëgelen, commandant de la cyberdéfense française. « Travailler avec nos partenaires suédois, c’est se préparer à défendre ensemble un système d’information en opération. »
Pourquoi ces exercices concernent aussi votre commune ou votre entreprise
Des infrastructures critiques… et vulnérables
Quand on pense « cyberguerre », on imagine souvent des attaques contre des cibles militaires ou gouvernementales. Pourtant, les infrastructures civiles sont tout aussi exposées. Et c’est là que Locked Shields prend tout son sens.
« Les scénarios de l’exercice ne sont pas choisis au hasard », explique un expert de l’ANSSI. « Ils reflètent les menaces réelles auxquelles l’Europe est confrontée : attaques contre les réseaux électriques, sabotage des systèmes de santé, perturbation des transports… Autant de risques qui peuvent toucher directement les citoyens. »
Prenons quelques exemples concrets :
- En 2021, une cyberattaque a paralysé le système de santé irlandais pendant des semaines, retardant des milliers de rendez-vous médicaux.
- En 2023, une attaque contre un fournisseur d’électricité en Ukraine a plongé des centaines de milliers de foyers dans le noir en plein hiver.
- En 2025, une tentative de piratage des systèmes de vote électronique a été déjouée de justesse lors d’élections locales en Allemagne.
« Ces exercices permettent de tester notre capacité à réagir face à des scénarios similaires », poursuit l’expert. « Et surtout, ils nous aident à identifier les failles avant qu’elles ne soient exploitées par de vrais attaquants. »
Et si c’était votre entreprise qui était visée demain ?
Vous vous dites peut-être : « Moi, je ne suis pas une centrale électrique. Pourquoi est-ce que ça me concernerait ? » Détrompez-vous. Les cyberattaques ne visent plus seulement les grands groupes ou les institutions. Les PME, les communes, voire les associations, sont devenues des cibles de choix pour les pirates.
« Les attaquants savent que les petites structures ont souvent moins de moyens pour se protéger », explique un consultant en cybersécurité. « Une mairie, une PME, un hôpital local… Ce sont des cibles faciles, et les conséquences peuvent être dramatiques : rançongiciels, vol de données, sabotage… »
Heureusement, les enseignements de Locked Shields ne restent pas cantonnés aux armées et aux grandes institutions. Ils irriguent peu à peu toute la société :
- Les communes bénéficient de guides de bonnes pratiques pour sécuriser leurs systèmes informatiques.
- Les PME peuvent s’appuyer sur des outils et des formations inspirés des méthodes militaires.
- Les citoyens sont de plus en plus sensibilisés aux gestes simples pour se protéger (mots de passe robustes, authentification à deux facteurs, sauvegardes régulières).
« La cybersécurité, ce n’est pas qu’une affaire d’experts », résume Lucie, de l’ANSSI. « C’est l’affaire de tous. Et plus on sera nombreux à en prendre conscience, plus nos défenses seront solides. »
✨ Et dans la pratique ? Protéger ses données et ses systèmes, c’est comme verrouiller sa porte la nuit : ça ne suffit pas à arrêter un cambrioleur déterminé, mais ça complique suffisamment la tâche pour qu’il aille voir ailleurs. Découvrez comment sécuriser vos outils numériques au quotidien sur Colistor — productivité privée, belle et hébergée en Europe.
L’Europe, un rempart contre la cyberguerre ?
Une prise de conscience collective
Longtemps, l’Europe a été perçue comme en retard face aux États-Unis ou à la Chine en matière de cybersécurité. Mais les choses changent. Locked Shields en est la preuve : l’Europe n’est plus un simple spectateur, elle est devenue un acteur majeur de la défense numérique.
« Il y a dix ans, on parlait de cyberguerre comme d’une menace lointaine », se souvient un ancien participant. « Aujourd’hui, c’est une réalité. Et l’Europe a compris qu’elle devait se préparer. »
Cette prise de conscience s’incarne dans des initiatives concrètes :
- Le règlement NIS2, qui impose aux États membres de renforcer la cybersécurité des infrastructures critiques.
- La création de l’Agence européenne pour la cybersécurité (ENISA), qui coordonne les efforts des pays membres.
- Les exercices comme Locked Shields, qui permettent de tester la coopération entre nations.
« L’Europe a un avantage : elle sait travailler ensemble », souligne Tõnis Saar, directeur du Centre d’excellence de cyberdéfense coopérative de l’OTAN. « Face à des attaques qui ignorent les frontières, cette capacité à mutualiser les forces est cruciale. »
Et demain ? Vers une Europe cyber-résiliente
Les défis restent immenses. Les cybermenaces évoluent sans cesse, portées par l’intelligence artificielle, l’essor des objets connectés ou encore la multiplication des attaques par rançongiciels. Mais l’Europe a un atout : sa capacité à innover et à s’adapter.
« Locked Shields, ce n’est pas qu’un exercice », conclut le général Naëgelen. « C’est un laboratoire d’idées. On y teste des solutions, on y partage des bonnes pratiques, on y renforce la confiance entre partenaires. Et tout cela, ça sert à préparer l’avenir. »
Un avenir où, espérons-le, aucune commune, aucune entreprise, aucun citoyen ne sera laissé pour compte face aux cybermenaces.
Et vous, que pouvez-vous faire ?
Vous l’avez compris : la cyberguerre n’est pas une fiction. Elle est déjà là, et elle nous concerne tous. Alors, que pouvez-vous faire, concrètement, pour vous préparer ?
- Sensibilisez votre entourage : Parlez-en à vos collègues, à vos amis, à votre famille. La cybersécurité, c’est comme la sécurité routière : plus on est nombreux à en parler, plus on réduit les risques.
- Adoptez les bons réflexes :
- Utilisez des mots de passe robustes et un gestionnaire de mots de passe.
- Activez l’authentification à deux facteurs sur tous vos comptes sensibles.
- Sauvegardez régulièrement vos données (cloud + disque dur externe).
- Formez-vous : De nombreuses ressources gratuites existent, comme les guides de l’ANSSI ou les webinaires de l’ENISA.
- Exigez la transparence : Que ce soit dans votre entreprise ou votre commune, demandez quelles mesures sont prises pour protéger les données et les systèmes.
« La meilleure défense, c’est la prévention », rappelle Lucie. « Et la prévention, ça commence par des gestes simples, accessibles à tous. »
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Locked Shields, ce n’est pas qu’un exercice militaire. C’est le symbole d’une Europe qui se mobilise pour protéger son avenir numérique. Un avenir où la technologie reste un outil d’émancipation, et non une source de vulnérabilité.
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Parce qu’un numérique plus sûr, ça se construit ensemble.
Sources
- Le Figaro - Une menace complexe et croissante : comment la France se prépare à la cyberguerre
- Ministère des Armées - Exercice Locked Shields 2026 : l’équipe franco-suédoise termine sur le podium
- ANSSI - Locked Shields 2026 : la France se distingue
- Solutions Numériques - Locked Shields 2026 : la coopération franco-suédoise s’impose parmi les meilleures équipes mondiales
- DCOD - Locked Shields 2026 : la Suisse et la France sur le podium
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